Déni du racisme au Québec : post-racialisme, injustices épistémiques et actes de discours
Notice bibliographique
Résumé
Depuis deux décennies, différents moments politiques ont révélé – au Québec comme dans \nd’autres sociétés dites libérales occidentales – la présence dominante de discours de déni de \nl’existence du racisme et de la spécification de sa nature systémique. Portés par des élites politiques, \nmédiatiques et intellectuelles, ces discours de déni font pourtant face, dans l’espace public, à \nd’autres discours, déployés essentiellement par des acteur·rice·s de la société civile et des \norganismes publics dénonçant la reproduction du racisme. Comment pouvons-nous expliquer le \nmaintien de ces discours publics de déni du racisme, malgré la présence de discours de \nreconnaissance de celui-ci ? En proposant une combinaison des littératures sur le paradigme postracial, \ncelle sur l’injustice et l’ignorance épistémiques ainsi que la théorie des actes de discours, cette \nthèse suggère que (1) les discours publics de déni du racisme révèlent la présence d’un paradigme \npost-racial en tant qu’idée selon laquelle le racisme n’est plus un système d’oppression structurant \nles rapports de pouvoir actuels. Elle soutient également que (2) ces discours de déni participent à \nla reproduction des injustices épistémiques – comme formes d’injustices dont des personnes et des \ngroupes souffrent dans leur capacité d’agir en tant qu’agent·e·s épistémiques – à l’encontre des \nacteur·rice·s dénonçant le racisme. Cette thèse soutient enfin que (3) la reproduction des injustices \népistémiques provoquée par le déploiement de discours de déni du racisme se fait par le biais de \nmécanismes linguistiques particuliers : les déviations illocutoires. \nCette thèse se décline en quatre articles. Les deux premiers articles se concentrent sur l’affaire du \nmot en « n », survenue en 2020 à l’Université d’Ottawa et dont les retombées ont été importantes \ndans l’espace politique et médiatique au Québec. Dans le premier article, nous cherchons à \ncomprendre pourquoi l’usage du mot en « n » est perçu comme offensant, dans des contextes \npédagogiques. Nous soutenons – qu’en fonction du positionnement social du·de la locuteur·rice \net indépendamment de son intentionnalité et du contexte d’énonciation – l’utilisation du mot en \n« n » est offensante parce qu’elle confère à l’acte de langage le pouvoir d’insulter et de subordonner \n(force illocutoire), mais également le pouvoir d’entraîner une blessure raciale ainsi que la mise sous \nsilence épistémique (force perlocutoire). Dans un second article, nous cherchons à comprendre \ncomment se maintiennent les discours de déni du racisme – face aux dénonciations de l’usage du \nmot en « n » – en contexte pédagogique. Par une analyse critique du discours médiatique québécois, \nnous soutenons que les discours de déni révèlent l’existence du paradigme post-racial et que le \nmaintien de ces discours s’explique en raison des injustices herméneutiques qu’ils produisent en \nimposant une définition du racisme au détriment des conceptions apportées par les groupes minoritaires – par le biais de mécanismes de déviation illocutoire. Dans un troisième article, nous \ncherchons à comprendre les discours de déni du racisme de pair avec le processus de construction \nde la nation et la production de ses frontières raciales et genrées. Nous soutenons que les discours \nde déni du racisme au Québec sont ancrés dans des récits nationaux reproduisant les mythes de la \nsurvivance et de l’innocence raciale ainsi que les processus de racialisation genrée de l’islam. En \nnous focalisant sur la production scientifique sur les débats publics sur la laïcité au Québec, nous \nsoutenons également que le maintien de ces discours de déni du racisme s’explique par le fait qu’ils \nimposent une définition du racisme systémique au détriment des conceptions fournies par les \nminorités religieuses (injustices herméneutiques) et par le fait qu’ils passent sous silence les voix de \nces minorités dénonçant le racisme, particulièrement celle des femmes musulmanes (injustices \ntestimoniales). Dans un quatrième article, nous procédons à l’analyse historique discursive des \nauditions publiques dans le cadre de la Commission parlementaire entourant la Loi 21 ou Loi sur la \nlaïcité de l’État au Québec. Nous démontrons, dans cet article, comment les arguments des \nacteur·rice·s soulèvent la présence de discours de déni du racisme et comment la matérialisation de \nces discours au sein des auditions produit des injustices épistémiques. Premièrement, les discours \nde déni du racisme produisent des injustices herméneutiques, en mettant à la marge les définitions \net les expériences du racisme avancées par les groupes minoritaires, par le biais de mécanismes de \ndéviation illocutoire. Deuxièmement, ces discours produisent des injustices testimoniales, en \nexcluant les minorités concernées par la loi – particulièrement les femmes musulmanes – de la \ndiscussion publique. \nCette thèse propose de repenser les liens étroits entre le paradigme post-racial et la reproduction \nde l’injustice et de l’ignorance épistémiques. Plus particulièrement, elle soulève les implications du \ndéni politique du racisme et de sa nature systémique au Québec dans l’incapacité à tenir un débat \npublic de fond sur le racisme et ultimement dans la reproduction du racisme et des injustices \népistémiques à l’encontre des groupes racialisés.
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Scores Codex et Gemma par catégorie
| Catégorie | Codex | Gemma |
|---|---|---|
| Métarecherche | 0,000 | 0,000 |
| Méta-épidémiologie (sens strict) | 0,001 | 0,001 |
| Méta-épidémiologie (sens large) | 0,001 | 0,001 |
| Bibliométrie | 0,000 | 0,000 |
| Études des sciences et des technologies | 0,007 | 0,000 |
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| Charge utile insuffisante (le modèle a refusé de juger) | 0,007 | 0,000 |
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