Les impacts de la mémoire des expropriations sur la construction des identités territoriales : le cas de Mirabel
Notice bibliographique
Résumé
En 1969, quatorze paroisses et municipalités sont fusionnées pour former la ville de Mirabel qui accueillera bientôt le nouvel aéroport international du Québec. Surdimensionné, le projet mène à l’expropriation de près de 11 000 individus et 97 000 acres de terres. Les expropriés qui dénoncent l’étendue du périmètre d’expropriation luttent et obtiennent la rétrocession de 80 000 acres en 1986. En 2004, l’aéroport finit par fermer ses portes laissant un lieu sous-utilisé occupant toujours une grande partie du paysage de Mirabel. Quelles mémoires reste-t-il des expropriations des années 1970 et de leurs conséquences ? Comment ces mémoires affectent-elles l’attachement au lieu des résidents et l’identité projetée par la municipalité ? Les expropriations ont été utilisées de façon récurrente à travers l’histoire, dépossédant de nombreux individus de leurs terres pour la construction de grands projets. L’étude de leurs effets sociaux, spatiaux, politiques et symboliques sur le long terme et à l’échelle des territoires où elles prennent forme est cependant limitée. Pourtant, les évènements du passé laissent des traces dans le présent qui marquent les mémoires individuelles et collectives, tout en participant à la formation des territoires et de leurs identités. Ancré dans une approche phénoménologique mobilisant l’histoire orale, l’analyse d’archives et la cartographie pour raconter le territoire de Mirabel, ce travail de thèse à cherche à comprendre les conséquences de ces expropriations à l’échelle municipale 56 ans après le début du projet aéroportuaire. Pour réaliser ce travail, 29 entretiens non-structurés ont été menés avec des résidents, des élus et des professionnels de l’aménagement du territoire municipal, un micro-questionnaire a été diffusé auprès de 95 résidents et 128 archives ont été analysés. En retraçant l’histoire de ce territoire en relation avec le projet qui a mené à sa création, cette thèse montre les conséquences profondes que les expropriations ont eu sur ceux qui les ont vécues, mais également sur l’organisation sociale, spatiale, politique, économique du territoire. Le travail de réparation physique et symbolique de ces effets engagé par les expropriés, leurs descendances et les élus municipaux ont néanmoins participé à leur transformation. De mémoires traumatiques vécues, elles se sont diversifiées grâce au partage social et aux actions de mise en mémoires organisées permettant leur appropriation à l’échelle municipale. Longtemps perçues comme négatives, ce travail a permis l’apaisement de ces mémoires et leur transformation en élément territorial identitaire distinctif, source de (ré)appropriation du territoire par ses habitants, de développement de liens sociaux, de relations d’attachement à celui-ci et d’attractivité territoriale. Ce « tournant mémoriel » invite à reconnaître les effets produits par les expropriations sur le territoire et sur ses habitants ainsi que l’importance des stigmates laissés par le projet aéroportuaire dans le paysage de Mirabel et dans les mémoires de celles et ceux qui l’habitent. In 1969, fourteen parishes and municipalities were amalgamated to form the city of Mirabel, soon to be home to Quebec's new international airport. Oversized, the project led to the expropriation of nearly 11,000 individuals and 97,000 acres of land. The expropriated, who denounced the extent of the expropriation perimeter, fought for and obtained the retrocession of 80,000 acres in 1986. In 2004, the airport finally closed its doors, leaving an underutilized site that still occupies a large part of the Mirabel landscape. What memories remain of the expropriations of the 1970s and their consequences? How do these memories affect residents' place attachment, and the identity projected by the municipality? Expropriations have been used repeatedly throughout history, dispossessing many people of their land for the construction of megaprojects. However, the study of their social, spatial, political and symbolic effects over the long term and on the scale of the territories in which they take shape is limited. Yet the events of the past leave traces in the present that mark individual and collective memories, while helping to shape territories and their identities. Rooted in a phenomenological approach using oral history, archive analysis and cartography to tell the story of Mirabel, this thesis seeks to understand the consequences of these expropriations on a municipal scale 56 years after the start of the airport project. To carry out this work, 29 unstructured interviews were conducted with residents, elected officials and urban planners, a micro-survey was distributed to 95 residents and 128 archives were analysed. By tracing the history of this territory in relation to the project that led to its creation, this thesis shows the profound consequences that the expropriations had on those who lived through them, but also on the social, spatial, political and economic organization of the territory. The physical and symbolic reparation of these effects, undertaken by the expropriated, their descendants and elected municipal officials, nevertheless contributed to their transformation. From traumatic memories, they have diversified thanks to social sharing and organized memory activities, enabling them to be appropriated at municipal level. Long perceived as negative, this work has helped to appease these memories and transform them into a distinctive territorial identity, a source of (re)appropriation of the territory by its inhabitants, the development of social links, relationships of attachment to the territory and territorial attractiveness. This “memorial shift” invites us to recognize the effects of expropriation on the territory and its inhabitants, as well as the importance of the stigmata left by the airport project on the Mirabel landscape and in the memories of those who live there.
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| Catégorie | Codex | Gemma |
|---|---|---|
| Métarecherche | 0,002 | 0,003 |
| Méta-épidémiologie (sens strict) | 0,000 | 0,000 |
| Méta-épidémiologie (sens large) | 0,000 | 0,000 |
| Bibliométrie | 0,001 | 0,001 |
| Études des sciences et des technologies | 0,009 | 0,006 |
| Communication savante | 0,003 | 0,002 |
| Science ouverte | 0,001 | 0,003 |
| Intégrité de la recherche | 0,001 | 0,001 |
| Charge utile insuffisante (le modèle a refusé de juger) | 0,011 | 0,001 |
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