Aspects fonciers de "l'exil" des religieux français en Belgique (1901-1914)
Bibliographic record
Abstract
Introduction :D'abord aux mains de ses ennemis et marquée par l'Ordre Moral, la IIIe République est peu à peu conquise par les républicains, ce qui est accompli de 1871 à 1879, date d'élections sénatoriales qui leur sont favorables.C'est à partir de ce moment qu'une nouvelle phase d'anticléricalisme marque la France, qui en avait déjà connu par le passé.Les congrégations sont particulièrement visées, car leur influence culturelle sur la jeunesse, notamment par le biais de l'enseignement, est crainte.Les gouvernements les voient comme des foyers d'antirépublicanisme 1 et jugent leur mode de vie contraignant contraire aux libertés issues de 1789.De plus, argument plus terre à terre, leurs biens matériels, largement surestimés 2 , sont convoités.Si une première vague les inquiète dans les années 1880-86, notamment avec Jules Ferry, c'est vraiment à partir de 1901 que les choses se précisent 3 .Sans trop détailler un processus qui est long et complexe, qui ne fait pas l'unanimité en France, je rappellerai quelques étapes importantes :-En 1901, le titre III de la fameuse loi sur les associations s'avère très sévère et restrictif à l'encontre des congrégations religieuses qui ne sont pas encore officiellement autorisées 4 .Elles doivent demander une autorisation à l'Etat pour continuer d'exister, autorisations qui vont être refusées en bloc.-En 1902 le fameux Emile Combes, ancien séminariste devenu farouche anticlérical, applique quasiment à la lettre le texte de l'année précédente. 1 Une certaine partie est d'ailleurs effectivement liée aux cercles antidreyfusards.L'Affaire divise profondément la France de 1894 à 1906. 2 On espère en tirer un milliard et financer des avancées sociales avec… En fait, en 1906 le produit des ventes n'a encore rapporté que 32 millions, moins 17 engloutis dans les frais.DANSETTE (ADRIEN), Histoire religieuse de la France contemporaine : l'Église catholique dans la mêlée politique et sociale, édition revue et corrigée, Paris, Flammarion, 1965, p. 583. 3 CABANEL (Patrick) et DURAND (Jean-Dominique), dir., Le grand exil des congrégations religieuses françaises , 1901-1914, Paris, Cerf, 2005, 489 p. 4 En 1792 elles ont été toutes interdites, des autorisations ont par la suite été accordées par les régimes ayant suivi la Révolution.Mais il n'existe toujours pas, en 1901, de loi d'ensemble les concernant.DANSETTE (Adrien), op.cit., CABANEL (Patrick) et DURAND (Jean-Dominique), op.cit.-Enfin, en 1904 une loi interdit aux congrégations d'enseigner et, en 1905, Eglise et Etat sont séparés, sauf dans certains territoires précis comme la Guyane 5 et bien sûr l'Alsace-Moselle, aux mains des Allemands.Bien sûr, cela résume à gros traits et laisse sous silence le cas des congrégations autorisées, un temps tolérées etc… Ainsi, des dizaines de milliers de congréganistes, femmes comme hommes, mères supérieures comme simples novices, refusent de renoncer à leur choix de vie ou de l'exercer dans la clandestinité en France, ce que firent certains.Alors que les couvents et autres bâtiments sont inventoriés et vendus, parfois avec violence 6 , ils décident, et certains dès avant d'être officiellement interdits, donc de partir à l'étranger, et ce dès 1901.Certains vont très loin, comme le Canada ou même le Japon, et d'autres plus près : certains Jésuites dans les Anglo-Normandes, d'autres maisons en Italie et un grand nombre en Belgique.Plusieurs raisons à cela : le pays est dirigé par un gouvernement catholique depuis 1884, et jusqu'à la Première Guerre mondiale, il est proche de la France géographiquement parlant et pour partie culturellement.Il est majoritairement catholique et le français est la langue de la Wallonie, il est aussi très utilisé dans la région de Bruxelles mais également plus en usage dans les grandes villes flamandes qu'aujourd'hui 7 .Du fait de tout ceci, on parle là d'environ 13.000 religieux venus se réfugier en Belgique, dont environ 10.000 femmes 8 .Or, la question de leur installation est d'une grande importance et soulève de nombreuses interrogations : comment retrouver des locaux pour se loger ?Reprendre des activités telles que l'enseignement ?À qui les acheter ?Faut-il « seulement » les louer alors que l'exil apparaît d'abord comme temporaire ?Sans parler des difficultés des plus petites congrégations, aux moyens parfois très limités.Pour y répondre, mon propos s'articulera en trois temps.Un premier reviendra sur les opérations d'achat et de location des congrégations françaises, étudiant des situations parfois difficiles en termes pécuniaires ou de voisinage.Une seconde partie veut ensuite évoquer la « vie» de ces terrains acquis par les Français : constructions, entretiens, assurances, 5 Qui reste régie jusqu'à nos jours par l'ordonnance royale de Charles X de 1828.http://www.vie-publique.fr/politiques-publiques/etat-cultes-laicite/droit-local-cultes/6 DANSETTE (ADRIEN), op.cit.,p.574 et suivantes.Les régions catholiques comme la Bretagne s'opposent à plusieurs reprises aux forces de l'ordre.7 Une partie des élites flamandes voit le français comme un symbole d'ascension sociale et d'insertion et en vient même à mépriser le néerlandais.DENECKERE (Gita), Nouvelle histoire de Belgique.1878-1905.Les turbulences de la Belle Epoque, Bruxelles, Le Cri, 2010, p. 154.8 LEPLAE (Sofie), « La Belgique envahie.L'immigration des religieux français en Belgique.1901-1914 », dans CABANEL (Patrick) et DURAND (Jean-Dominique), op.cit., p. 244-256.agrandissements ou échanges éventuels… Enfin, une dernière partie parlera de leur devenir, notamment en 1914, voire après la Grande Guerre. I) Acquérir ou louer une terre en Belgique ?A) Le départ de France et l'arrivée en Belgique Les religieux partirent de France dès 1901 et surtout jusqu'en 1905, avec un pic de départs en 1903 et 1904.Après, les candidats à l'exil se firent moindres, même si l'on en trouve encore.En France, le devenir de leurs établissements, parfois séculaires, fut réglé par des liquidateurs nommés par la République.A charge pour eux de faire l'inventaire des biens, de procéder à la vente au profit de l'Etat, moins un pourcentage pour eux-mêmes.Or, leurs papiers conservés aux Archives Nationales 9 montrent que le processus fut fort long : dans les régions catholiques de l'ouest ou du Massif Central, les populations résistèrent, les religieux firent appel à des prête-noms qui retardèrent les ventes, parfois de plusieurs années.De plus, leur déconvenue était souvent grande car les bâtiments n'étaient dans la plupart des cas que de peu de valeur, mal entretenus, et ce surtout pour les congrégations les plus petites.Certaines maisons purent donc rester quelque temps en France.D'autres avaient pris leurs précautions dès avant le vote de la loi de 1901, et j'ai retrouvé de nombreuses lettres de religieux envoyés « prospecter » en Belgique pour trouver des terrains intéressants.L'une d'elles, conservée dans les archives diocésaines de Namur cite même ce cas de religieuses de St Martin de Tours qui avaient envisagé cette éventualité en 1895 déjà.Dans d'autres cas, ce sont des laïcs français ou belges qui écrivent directement aux congréganistes, car ils avaient connaissance de tel ou tel terrain, notamment indiqué par le clergé belge.On retrouve bon nombre de missives comme celle-ci dont voici un extrait, et qui a été écrite à un Jésuite de Lille : « je vous envoie la liste des propriétés que vous offre M. Winants, architecte à Tournai.Si vous désirez les plans de l'une ou l'autre de ces propriétés, je suis à votre disposition pour les lui demander.Aussitôt que j'aurai reçu les offres concernant les environs de Mouscron je vous les ferai connaître » 10 .Pourtant, la plupart des départs se firent après le vote et l'application des lois, parfois assez tardivement, car un bon nombre de religieux ne pensaient pas que l'Etat irait jusqu'à interdire 9 Archives Nationales, Série BB (Ministère de la Justice), sous-série BB 30 (versements divers), 1615 à 1681, Liquidation des biens des congrégations religieuses : dossiers des établissements classés par cours d'appel.
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Machine scores (provisional)
The two teacher heads of the student model, read on this work. A score orders the frame for review; it never asserts a category, and the validation status ships verbatim with every row.
Baseline scores from an immature model (maturity gate not passed, 7 training rounds). Scores rank; they never assert a category.
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