Au bout des doigts. Lecture, figure et imaginaire
Bibliographic record
Abstract
The creative power of the mind is boundless.Edgar Allan Poe Ma fascination pour les figures perdure.Depuis mes premières recherches, dans les années quatre-vingt, sur les représentations stéréotypées des autochtones en littérature et au cinéma, puis sur la présence des insectes dans les fictions comme marqueurs d'une descente dans la folie (cette fois dans les années quatrevingt-dix), je n'ai cessé d'être intrigué par notre capacité à transformer des choses bien souvent inertes en des signes d'une grande potentialité.L'ombre de l'être aimé, tracée au crayon sur un mur, devient une figure investie corps et âme.Tel personnage d'un roman nous habite longtemps après la dernière page tournée et devient un compagnon discret qui nous aide même à vivre et à aimer.Une photographie retrouvée suscite des actes de mémoire complexes et intimes.Un être disparu revient sous forme de spectre que nous sommes les seuls à voir, simplement parce que nous l'avons fait nous-mêmes réapparaitre.Ce sont là des manifestations du pouvoir de l'imagination, qui parvient à s'emparer d'une perception et à y déceler une forme aussitôt chargée de sens et d'intention.La littérature comme art exploite pleinement cette capacité que nous avons de créer en pensée des êtres et des mondes à partir de marques imprimées sur des pages.Ces marques sont des mots, évidemment, regroupés en phrases, elles-mêmes réunies dans des paragraphes qui s'enchainent les uns aux autres jusqu'à constituer un texte, un être de langage dont nous nous emparons et que nous faisons vivre dans notre esprit… Lecteur, je n'ai cessé de faire vivre en moi des figures issues des fictions que je lisais, non seulement de les faire vivre, mais de les laisser se développer, se transformer, habiter mes pensées et peu à peu se libérer de mon emprise, comme si elles parvenaient à se rendre autonomes.Je n'ai pas lu depuis des lustres Des souris et des hommes de John Steinbeck, et pourtant Lennie est encore bien présent dans mon esprit.Je l'imagine sans peine, toujours fasciné par ses actions, par ses paroles, par son statut d'idiot dans un monde impitoyable.Ce n'est plus le personnage créé par Steinbeck qui hante mes pensées, c'est ma version de cet être papier, ma propre figure de Lennie, qui continue sa vie dans l'espace intérieur de mes pensées.Je le fais vivre, indépendamment du récit qui l'a vu naitre, et il m'arrive de lui faire vivre d'autres histoires, de le faire dialoguer avec d'autres figures d'idiot qui m'interpellent tout autant.Avec Charlie par exemple, du roman de science-fiction de Daniel Keyes Des fleurs pour Algernon (1966) ; avec Chance, du court roman de Jerzy Kosinski Bienvenue, mister Chance (1970) ; avec monsieur Tuttle, qui apparait dans Body Art de Don DeLillo (2001) ; ou encore avec Bartleby, le scribe de la nouvelle éponyme d'Herman Melville (1853).Dialoguer est un grand mot.Je les réunis et les assois à la même table.Leurs manières sont exécrables, bien entendu.Je les entends soliloquer ; chacun a son propre chant, sa propre façon d'être au monde, voire d'être à l'écart du monde.J'essaie de m'imaginer ce que vivre parmi nous leur demande, de comprendre aussi leur souffrance et ce que je suis moi-même, si je me compare à eux. (Image souche)La figure s'ancre parfois dans une image souche, une cellule figurale d'une grande potentialité, qui permet de multiples cristallisations et développements, à la manière de la figure-matrice de Jean-François Lyotard.C'est, chez Paul Auster par exemple, l'image d'un homme seul assis à une table et écrivant ou musant devant une feuille de papier, qui se déploie en de multiples récits et romans.(Investissement) La figure est toujours de l'ordre d'une appropriation.Elle n'est, par conséquent, jamais neutre.On peut en faire une histoire, montrer comment on en est arrivés là, mais c'est parce qu'elle nous importe, parce qu'elle ne nous laisse pas indifférents qu'on la voit apparaître.La figure est, en ce sens, toujours focalisée, toujours investie, toujours partie prenante d'une culture.(Focalisation) La figure est un foyer de l'attention, là où convergent les regards.Or, ce point est un signe, c'est-à-dire qu'il renvoie à quelque chose d'autre, qu'il sert d'interface et de relais.La figure appelle et suscite des interprétations.(Dynamisme) La figure n'est pas une entité statique, elle est un signe dynamique qui a la labilité de l'imaginaire.Elle tire et attire.Elle est ce quelque chose dont on se fait une idée, mais qui sert aussi à comprendre.La deuxième section, « Parcours figural », continue cette exploration en s'ouvrant cette fois à des figures plus complexes, dont les développements sont pris en charge par les fictions elles-mêmes, qui se présentent alors comme des fictions critiques, où s'entremêlent discours critique et discours romanesque.Le premier parcours s'arrête sur la figure d'un jazzman, telle qu'elle apparaît dans le texte d'Enrique Vila-Matas Chet Baker pense à son art.Nul besoin de théoriser un rapport au figural, l'auteur le fait de lui-même, il ne nous reste qu'à suivre la piste qu'il nous offre.Il en va de même avec le deuxième parcours qui suit la transformation de l'avatar Chloé Delaume en une étonnante « Entité sentinelle » dans J'habite dans la télévision.Le troisième parcours traverse quant à lui quatre fictions, réunies du fait qu'elles incorporent toutes une version de la figure de l'homme qui tombe, The Falling Man, l'une des figures prototypiques de l'imaginaire du 11 septembre 2001.Dans ces fictions, la figure se met à varier : l'homme qui tombe ne tombe plus, reste suspendu dans les airs ou encore, tel un ange, remonte vers le ciel, ce qui rend compte d'une très grande labilité de l'imaginaire et de ses objets de fascination.Le dernier parcours explore la toute première poétique de Paul Auster, qui a fait du hasard et de la vie secrète des événements un principe de création littéraire.La figure, L'extrait en question survient en début de chapitre.Il est énoncé à la deuxième personne du singulier, c'est dire qu'il s'adresse à nous, puisque nous pouvons par la magie de l'identification nous sentir interpellés par ce pronom et concernés par la scène décrite.Or, la saynète permet à la fois de dévoiler comment se construit un fait de lecture et de montrer à quelles tensions est soumis l'acte d'imagination.Tu es devant la table en train de déplacer des papiers et tu fais tomber quelque chose.Sauf que tu ne le sais pas.Il te faut une ou deux secondes pour en prendre conscience et même à ce moment-là tu ne le perçois que comme une distorsion informe de l'espace qui grouille autour de ton corps.Mais une fois que tu sais que tu as fait tomber quelque chose tu l'entends heurter le sol, avec un temps de retard.Le son fait son chemin à travers un immense réseau de distances.Tu entends le truc tomber et tu sais ce que c'est au même instant, plus ou moins, et c'est un trombone.Tu le sais au son que ça produit en heurtant le sol et d'après le souvenir retrouvé de la chute elle-même, le truc qui te tombe de la main ou qui glisse du bord de la page à laquelle il était fixé.Il a glissé du bord d'une page.Maintenant que tu sais que tu l'as fait tomber, tu te rappelles comment ça s'est passé, ou tu te rappelles à demi, ou tu le vois plus ou moins peut-être, ou autre chose.Le trombone tombe par terre avec un rebond, infime et immatériel, un son pour lequel il n'existe aucun mot évocateur, le son d'un trombone qui tombe, mais quand tu te penches pour le ramasser, il n'est pas là (DeLillo, 2001 : 91).Certaines perceptions sont immédiates : on sait au moment même où elles ont lieu qu'elles se produisent.D'autres prennent plus de temps à s'imposer à l'esprit.Elles requièrent d'être interprétées, d'être reconstruites de toutes pièces pour enfin se révéler pour ce qu'elles sont.Toute perception requiert un horizon d'attente, toute figure requiert une préfiguration.Ne peut être perçu que ce qui est attendu, ce qui répond globalement à nos attentes.Richard Kearney le souligne : « Une chose n'est pas perçue en soi, mais à travers un horizon d'aperçus.Figurer une chose perceptivement, c'est pré-figurer le "tout" de la chose à partir d'une de ses parties aperçues » (Kearney, 1984 : 56).L'exemple nous permet de comprendre, par l'absurde, que le fait de lecture, comme la chute d'un objet, ne doit pas seulement être construit, mais qu'il doit encore être attesté pour ne pas être un simple fait de l'imagination, la chute d'un trombone imaginaire. Manipuler une formeFigurer, c'est percevoir et imaginer, mais c'est aussi manipuler une forme, jouer avec des significations et les développer, au sens d'un déploiement symbolique bien entendu, mais au sens aussi du processus photographique, qui transforme l'absence en présence et le présent en son contraire.Dans « Images de mon père en pleurs », une nouvelle de Donald Barthelme, le texte nous invite à jouer avec une figure sans cesse réitérée, jusqu'à ce que nous comprenions, lors d'une épiphanie qui a tout de l'événement de lecture, qu'il y avait là d'abord et avant tout une figure-écran.La figure, il faut le dire, est souvent une énigme.Elle en cache autant qu'elle en montre et son sens véritable ne surgit qu'après une longue fréquentation et un acte d'interprétation.La nouvelle se donne comme un ensemble de 36 fragments, certains composés d'une seule phrase, parfois même d'un seul mot.Ces fragments constituent un espace qui est celui du deuil et du ressassement.Un fils y apprend, dès l'incipit, la mort de son père, renversé par un carrosse, et il cherchera, tout au long du texte, à s'imprégner de la vérité de cet événement.La nouvelle n'est pas linéaire, elle trace des cercles où sont répétées les images du père renversé, auxquelles répondent celles sous-jacentes du fils contemplant le mystère de cette mort, incapable d'en comprendre la vérité et inapte à exprimer ses émotions.
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How this classification was reachedexpand
Full frame machine prediction
Teacher imitationNot calibrated prevalence, not ground truth. Human validation pending. The Gemma side is a direct model label for every work in the frame, read from the title-only record. The Codex side is a classifier learned from the 10,348 direct Codex labels and calibrated to design-weighted sample rates; fields without enough sample support carry no Codex call. Candidate is the union of the two sides; consensus is their intersection. These outputs are machine_predicted_unvalidated and are not human labels.
Distilled classifier scores by category (both heads)
| Category | Codex | Gemma |
|---|---|---|
| Metaresearch | 0.001 | 0.002 |
| Meta-epidemiology (narrow) | 0.001 | 0.000 |
| Meta-epidemiology (broad) | 0.000 | 0.000 |
| Bibliometrics | 0.001 | 0.000 |
| Science and technology studies | 0.005 | 0.005 |
| Scholarly communication | 0.006 | 0.005 |
| Open science | 0.001 | 0.003 |
| Research integrity | 0.002 | 0.005 |
| Insufficient payload (model declined to judge) | 0.053 | 0.018 |
Machine scores (provisional)
The two teacher heads of the student model, read on this work. A score orders the frame for review; it never asserts a category, and the validation status ships verbatim with every row.
Baseline scores from an immature model (maturity gate not passed, 7 training rounds). Scores rank; they never assert a category.
score_only:v0-immature-baseline · verbatim from the scoring run: score_only means the number may rank works, and no category label ships from itClassification
machine, unvalidatedMachine predicted; a candidate call from one source (direct Gemma or distilled Codex), not a consensus.
How this classification was reached, model by model and score by score, is at the end of the page under "How this classification was reached".