Major L.N. Voyer superintendant de la police provinciale.
Bibliographic record
Abstract
Son père Louis Voyer exerça pendant de longues années le métier de charron, au faubourg Saint-Jean, où il a laissé de très bons souvenirs.Je passe les années du bambin qui se sont écou- lées comme celles de tous ceux qui ne sont pas venus au monde avec une cuiller d'argent dans la bouche.N'y a-t-il pas déjà trop de clichés dans le pays, qui montrent un enfant, à l'intelligence vive, enjouée, alerte d'esprit comme de corps, en été, grimpant aux arbres ou sur les toits, jouant dans les mares de la rue, poussant une bille, lançant une toupie, courant après sa balle grandissant sur dos monceaux de cadavres ennemis, et leur général, Bosqwt, arrivant au sommet de la gloire, pendant que le commandant-en-chef Saint-Arnaud, atteint du choléra descendait dans sa tombe tapissée de lauriers tout frais cueillis.La Hotte des alliés tenait le fortdte Balaclava.con- quis à la suite d'un bombardement.Et la France, et l'Angleterre, et l'Autriche et le Piémont, éten- daient leurs longs bras audessus et autour de ^ébas- topol.Cette ville allait subir un des sièges les plus mémorables de l'histoire moderne.Menchikoff, dont le nom vaut déjà une armée s'est jeté dans la place.Bon premier soin est de faire couler une moitié de la flotte Russe, de manière à barrer l'entrée du port, brûlant ainsi ses vaisseaux en les submergeant.D'un autre côté, il dresse un bouclier de terre et de pierres qu'il projette en avant de l'armure de la ville, du coté de terre.Liprandi, à la tète d'une nombreuse armée, rodant autour de l'enceinte forti- fiée, comme un bon autour de son antre, tient l'ennemi à distance.De nombreux renforts de troupes arrivent de part et d'autre; les* regards du monde entier sont fixés sur un même point.L'Europe est menacée de devenir cosaque et elle en frémit dans toute sa chair.Le choléra s'allie aux Russes et décime lâchement les rangs des alliés, mais rien n'abat leur courage.Tls écrasent encore une fois l'ennemi à Inkermann, le cinq novembre.L'hiver survient, autre terrible allié de la Russie, -l'hiver, c'est le gigantesque ours blanc qui a ter- rassé Napoléon 1er et qui montre ses dents et ses griffes dégoûtantes de sang français à l'armée du neveu du grand homme.Les événements se précipitent, A peine l'histoire a-t-elle le temps d'en retracer tous les détails.«Une « armée Turque débarquée à Eupatoria repousse les «Russes (17 février 1855); quelques jours après (2 « mars) Nicolas meurt frappé dans son orgueuil en « voyant s'écrouler sous ses yeux l'édifice qu'il avait « construit avec tant de peine.Son fils lui succède « sous le nom d'Alexandre II ; le Piémont entre dans « la coalition contre la Russie et expédie au mois de « mai un corps de troupes sous les ordres du général « La Marmora.« A Canrobert épuisé succède le général Pélissier « comme commandant du siège.Les travaux sont « poussés avec une nouvelle vigueur : dans deux « sorties (22 et 23 mai) la garnison perd pied et rentre « honteusement battue dans ses quartiers ; une ex- « pédition s'empare de Kertch et à? Uni Kalè (25 mai) « bombarde Taganarog (3 juin) pendant qu'une garni « son turque s'empare d'Anapa, sur la côte de Cir- « cassie (13 juin).Le siège avance : le Mamelon Vert « et la Redoute du Carénage tombent aux mains des « Français.On tente l'assaut de la tour Malakoff « où la France perd trois mille hommes sans pouvoir « réussir.Lord Raglan meurt du choléra : diverses « batailles s'engagent dont l'issue est favorable aux « alliés.« Enfin le 5 septembre un bombardement terrible « commença pour se continuer pendant trois jours.« Pélissier fixa le 8 septembre pour l'assaut général.« Les troupes françaises étaient parties emportant «avec elles l'image de la Sain te-Vierge ; le général- « en-chef voulut placer l'assaut sous la protection « d' une fête de la Vierge.« Le 8 septembre, à midi, dit-il dans son rap «port, les batteries cessèrent de tonner.A la voix -8 -« de leurs chefs, les divisions de Mac-Mahon, Dulac « et de la Motterouge sortent des tranchées.Les « tambours et les clairons battent et sonnent la « charge, et au cri de « Vive l'Empereur !» répété sur « toute li ligne, nos intrépides soldats se précipitent « sur les défenses de l'ennemi.Ce fut un moment « solennel La largeur et la profondeur du fossé, « la hauteur et l'escarpement des talus rendent l'as- ti cension extrêmement difficile pour nos hommes ; « mais enfin, ils parviennent sur le parapet garni de « Russes qui se font tuer sur place, et qui, à défaut « de fusils, se font armes de pioches, de pierres, « d'écouvillons, de tout ce qu'ils trouvent sous la «main.Il y eut là une lutte corps-à-corps, un de ces «combats émouvants, dans lequel l'intrépidité de « nos soldats et de leurs chefs pouvait seule donner «le dessus.Ils sautent aussitôt dans l'ouvrage, refou « lent les Russes, qui continuent de résister, et peu « de temps après, le drapeau de la France est planté « sur Malakoiï pour ne plus en être arraché.» Une forteresse imprenable était prise, mais disons qu'on aurait pu la noyer dans le sang répandu pour arriver à ce résultat, Quatre mille bouches à feu furent arrachées des murs, pour aller parer, àT instar de joyaux, les villes militaires des Puissances alliées.Il y eût des drapeaux d'enlevés, autant qu'il en fallait pour garnir la boutonnière de tous les héros vainqueurs ; cinquante mille boulsts furent déna- tionalisés, et enlevés triomphalement.Les boulets du bagne n'ont jamais été si glorieusement vengés.Pourquoi y a-t-il ainsi des boulets si beaux, si triom- phants, à l'envi d'autres si hideux, si ignominieux ?Avec quelques poignées de poudre semées ici et là, on fit sauter des travaux d'art, des édifices, qui avaient coûté des millions, et la Victoire s'assit sur toutes ces ruines, les pieds dans le sang, pour chanter, pendant que la défaite fuyait péniblement, tristement dans l'ombre.Et cependant, la Défaite comme la Victoire personnifiaient des hommesqui se tar- guent de représenter parmi nous l'élite de la civilisation.Dans les pays en liesse, et dans le pays humilié et battuque de familles sans pain, que de chau- mières en deuil !IL Si Voyerest devenu soldat, c'est du Collège Sainte- Anne qu'il est parti, le pied gauche en avant.Dans ses notes, je trouve le portrait d'un de ses profes- seurs, le Révérend M. Stan.Vallée, enthousiaste de la vie militaire à la façon de M. de Ségur qui disait à des soldats sur le seuil de son presbytère.«Je ne vous «reconduis pas plus loin qu'à la barrière de mon «jardin, parceque j'ai mon bréviaire à dire : c'est « ma théorie à moi ; et il faut qu'en bon soldat de « Jésus-Christ je sois, comme vous, exact à mon ser- vice.» Portrait admirablement touché, que je n'ose publier, par crainte de froisser l'humilité de ce bon prêtre qui admirait le courage autant qu'il pratiquait la charité.Tous les midis, à l'heure de la récréation, il réunissait les grands, sous les sapins, pour leur lire le récit des faits et gestes des alliés et surtout des fran- çais, gesta Del per Francos, dont malgré nous, nous prenons encore notre part.Voyer, trop petit, pour être admis d'emblée dans ce cercle réservé aux grands cœurs, trouvait néanmoins le moyen de se « affection privée, disparaissent devant L'intérêt géné- « rai.(mi vue duquel est exclusivement tracée cette «règle sainte.Qu'est-ce qu'un soldat?C'est un « moine par la régularité, par ta sobriété, par les pri- « valions, par l'abandon à la volonté du supérieur.Que le soldat soit chrétien, il n'y a pas d'état qui « se rapproche plus de L'état monastiqu' 1 .On cher- « cherait en quoi la caserne diffère du couvent, si le « tambour y donnait le signât de la prière.Ils ne h savent pas toujours ce qu'ils disent, ceux qui parlent fi de la licence des camps: ils iront guère vu de camps.«On s'y couche de bonne heure, à la belle étoile, « ou sous une tente légère ; on se lève de grand « matin ; on travaille tout le jour, on se prépare à la « victoire et on l'espère, mais en présence delà mort.« Voilà la licence des camps.Cela ne ressemble pas • au bal de l'Opéra, ni au cabaret de Madame Gré-« goire ; et l'on peut même y trouver quelque chose < de plus rude qu'aux labeurs du négoce, de la poli- « tique ou des sciences.On verra plus tard que cet' enfant de dix-huit ans qui s'imposait pour ainsi dire au service, pour entrer dans une vie toute de sacrifices, saura remplir parfaitement ses devoirs de soldat chrétien.Après un séjour de deux mois dans la capitale du Haut-Canada, Voyer revint à Québec avec un détachement de cinquante recrues, qui s'embarquèrent, le 9 novembre, sur le Nova Scotian en destination de Liverpool, Angleterre.S'il fait bonne contenance au départ, c'est afin de ne pas ajouter à la tristesse de ses parents, mais la douleur ne lui en serre pas moins le cœur pour en exprimer des larmes d'autant plus amères qu'elles seront plus longtemps contenues.-1*2 - 11 écrit dans son journal, ce soir-là même : « Je suis parti sans verser de larmes, mais f avais « le cœur gros en me séparant de ceux que j'aime le « plus au monde et que je ne re verrai peut être « jamais.Je prolongeai mon regard d'adieu à Québec « aussi longtemps que la ville fut en vue.Que de « souvenirs se présentèrent alors à ma mémoire et à « mon cœur.Il s'en trouvait parmi eux que je « croyais éteints, enfouis dans l'oubli, qui se sont « éveillés aussi vifs que jamais à l'heure de la sépa- « ration, » h Mais déjà, l'Ile d'Orléans me dérobe l'aspect de « cette ville si chère dont je ne retrouverai plus <( l'image que dans mon cœur.Dans quelques jours, « ce rideau de verdure s'épaissira d'une distance de « centaines de lieues.Dieu !que la marche du « steamer est rapide.Mon engagement, l'honneur, « le devoir m' éloignent encore d'avantage de mon « pays.Ma seule, ma grande espérance est de me « distinguer, de mêler mon nom à quelque mérite, à « une action d'éclat, pour qu'on le répète au foyer et a qu'on s'intéresse à moi parmi les amis.Il me sem- « ble alors, quelque soit mon éloignement, que je « reverrai le toit paternel, que je me retrouverai «
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| Meta-epidemiology (narrow) | 0.001 | 0.000 |
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