Scènes d’Empire : réception des spectacles ethnographiques dans la littérature et les arts visuels européens au temps des conquêtes coloniales
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Notice bibliographique
Résumé
Résumé
 Au cours des dernières décennies du 19e siècle, le partage du continent africain coïncide avec l’apogée des spectacles ethnographiques en Europe. En tournée dans les zoos, les cabarets et les champs de foire européens, ainsi que dans les expositions coloniales et universelles, ces représentations mettent en scène des groupes d’individus indigènes des régions récemment colonisées ou sur le point de l’être. Alors que la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne s’affrontent à l’étranger pour affirmer leur pouvoir colonial, ces pays accueillent les mêmes spectacles dans leurs capitales respectives comme dans leurs villes de province. Notre étude se propose d’examiner la façon dont ils ont été représentés dans la littérature et les arts visuels européens, à partir d’exemples empruntés à la France, à l’Angleterre, à l’Allemagne et à l’Autriche-Hongrie. Si ce type de spectacle conduit à l’exposition d’une grande variété de peuples, et ne se limite en aucun cas à des groupes en provenance d’Afrique, notre article se cantonne à des œuvres mettant en scène des exposés originaires de ce continent. En traitant les créations en question comme autant de « signaux culturels », pour reprendre l’expression de Jean Devisse, il cherche à dégager les types de consommation visuelle ou littéraire que ces productions artistiques semblent susciter. Nous adoptons une optique essentiellement rhétorique pour tenter de déterminer les différents types d’identification sollicités chez le lecteur/consommateur, qu’il s’agisse d’une consommation impérialiste naïve du « sauvage » animal, d’une forme de compassion civilisatrice qui peut en temps de guerre se changer en méfiance, ou encore d’une complicité érotique qui va jusqu’à esquisser une contestation de l’ethnocentrisme. 
 
 Mots clés : spectacle, ethnographique, sauvage, empire, représentation
 
 Abstract
 In the last decades of the 19th century, the colonization of the African continent coincided with the popularity of ethnographical spectacles in Europe. On tour in European zoos, cabarets, fairs, as well as in colonial and universal expositions, these representations displayed indigenous groups of individuals from recently or soon-to-be colonized regions. While France, Great Britain and Germany competed overseas to affirm their colonial power, these countries welcomed the same spectacles in their respective capital cities and provincial towns. Drawing on examples borrowed from France, England, Germany and the Austro-Hungarian Empire, this study examines the ways these spectacles were represented in European literatures and visual arts. Although these spectacles “displayed” a wide variety of peoples, not only groups from Africa, this article focuses exclusively on works which depict peoples from this continent. In treating the works in question as “cultural signals”, to use Jean Devisse’s expression, it aims to identify the types of visual or literary consumption that these artistic productions elicit. The article adopts an essentially rhetorical perspective in order to attempt to determine the types of identification which the reader /consumer is encouraged to assume. These may be a naïve, imperialist consumption of the “savage” animal, a form of civilizing compassion that can change to suspicion during war times, or an erotic complicity that can go as far as sketching out a challenge to ethnocentrism.
 
 Key words: spectacle, ethnographic, savage, empire, representation
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